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La parabole du cultivateur et de l’entrepreneur
January 15, 2010 2:59 PM Tags :  Parabole_cultivateur     Catégories:Paraboles
Lors des consultations menées par le ministre Jean ROCHON, en août 2000, relatives à la Politique scientifique du Québec, nous avons fait part de cette parabole au ministre, à son sous-ministre Camille LIMOGES et à ses autres collaborateurs, pour illustrer notre propos sur la R-D industrielle et sur l’innovation.

Le cultivateur et l’entrepreneur

Chaque année, à la mi-avril après la longue dormance de l’hiver, le cultivateur prépare ses champs et vers la mi- mai, la période des semences commence. Une période intense qui s’échelonne sur près d’un mois, où le travail dans les champs commence dès l’aurore, vers 5h00 du matin, pour se terminer vers 10h00 du soir, après la tombée du jour. Et ce, jour après jour, sept jours par semaine sans relâche, sauf pour les épisodes de pluie.

À partir de la mi-juin, commence une péride un peu moins intense, qui consiste à répandre des insecticides, fongicides et herbicides, à herser et désherber. Et en septembre commencent les récoltes, une période également très intense où le cultivateur recueille le fruit de ses semences et les apporte près de ses bâtiments. Ensuite, à intervalles réguliers, le cultivateur apporte ses récoltes au marché pour les vendre, et revient chez lui avec le produit de ses ventes.

Il ne lui suffit pas de semer ni de récolter, il lui faut vendre à bon prix, s’il entend pouvoir acheter les semences, engrais et herbicides appropriés, payer pour l’acquisition, l’opération, l’entretien et le renouvellement de ses équipements agricoles, pourvoir aux besoins de sa famille et recommencer le même cycle l’année suivante.

Le cycle du cultivateur ressemble à s’y méprendre au cycle de l’entrepreneur, et notamment du manufacturier innovateur qui investit massivement en R-D pour améliorer ses produits et procédés. La phase R-D du cycle d’innovation de l’entrepreneur correspond à la phase semence du cultivateur.

Il ne suffit pas de développer le meilleur produit du monde, il faut encore le mettre en production et surtout aller le vendre, le commercialiser et réaliser les ventes et les profits nécessaires pour rester en affaires, maintenir les emplois, couvrir l’ensemble des coûts d’opération, rembourser les emprunts, assurer la croissance de l’entreprise, etc. Sans ventes et profits, l’entreprise s’achemine vers la faillite.

Tout comme la phase d’ensemencement, la phase de développement (R-D) est nécessaire, sinon l’entrepreneur, comme le cultivateur, n’a rien à présenter d’intéressant au marché. Nécessaire mais non suffisante, car s’il n’y a pas de vente au marché, il n’y a pas d’argent pour poursuivre le cycle d’affaires et assurer la survie de l’entreprise. Dans le cycle d’innovation, la phase «vente» est aussi essentielle que la phase «développement».

Amusé par cette comparaison, le ministre ROCHON nous a assuré avoir bien compris notre propos et saisi l’importance de la commercialisation dans le cycle de l’innovation, mais les diverses politiques et stratégies nationales qui ont suivi cette présentation, ont à peu près ignoré cette nécessité de la commercialisation, pour se concentrer sur la phase R-D, sur la technologie, sur la recherche et sur le savoir scientifique.

Dix ans plus tard, notre parabole revêt encore plus d’actualité, alors que nos gouvernements constatent les limites et les performances plutôt décevantes de leurs stratégies pour stimuler l’innovation.


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